TROUBLES ALIMENTAIRES (1)

Troubles alimentaires - Anorexie

ANOREXIE (NON VOMITIVE)

L’anorexie ne se résume pas à la volonté qu’ont certaines jeunes filles de ressembler aux mannequins, de plus en plus maigres il est vrai, qui envahissent les pages des magazines féminins. Le jeûne est une drogue puissante et peu onéreuse, on oublie souvent de le dire. L’état de dénutrition anesthésie la douleur, les émotions, les sentiments, et fonctionne, dans un premier temps, comme une protection. – Delphine de Vigan

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L’infâme vision d’une quelconque substance qui pourrait avoir l’air comestible me donnait des nausées insupportables. Impossible d’engloutir quoi que ce soit, mon esprit et mon corps refusaient que je me nourrisse même d’un simple bout de pain. Je n’avais pas faim, et l’odeur de la nourriture me donnait des hauts le cœur. Je m’adonnais à une destruction lente d’un corps qui ne m’appartenait même plus. Il ne me restait plus que la chair sur mes os, une chair que je ne supportais plus, une chair qui me retenait sur Terre. Je ne recherchais pas à mincir, même si dans le mal être que je ressentais, je me trouvais laide. Mon ventre me faisait mal. Mon estomac était lié, serré, bloqué. J’étais emprisonnée dans un corps qui me répugnait quoi que j’en fasse. Il était la seule chose qui me maintenait en vie. Je sentais mon cœur battre, et mes poumons se gonfler à chaque inspiration. Et il n’y avait rien d’agréable à se sentir en vie. Je souffrais de divers maux, et cette douleur me tordait les intestins. Je devenais de plus en plus faible. Mon corps me semblait lourd. Et j’avais faim. Vraiment très faim. Cela faisait des jours que je n’avais rien avalé. J’enchainais les cigarettes les unes après les autres dans l’espoir de faire taire ce besoin si immense. Et je buvais des boissons sucrées pour donner à mon corps l’énergie nécessaire à un fonctionnement primaire. Mais cela ne suffisait pas. Pourtant, je me promenais dans la rue la tête haute. Je ne faisais pas la taille des mannequins de mode, mais j’étais aussi fine qu’elles. Il émanait de toute cette souffrance, une certaine fierté de mon corps. Lors de ce jeûne, j’avais des montées d’énergie dans la journée, sûrement déclenché par la libération d’endorphines, les hormones de bonheur. Je me sentais forte, et puissante. Le soir, par contre, je culpabilisais, d’avoir perdu autant de formes. Et je me détestais. Mais rien n’y faisait, je ne pouvais rien avaler. Alors non, ce n’était pas une question de poids cette anorexie. Je subissais un cerveau qui me tourmentait, des pensées qui me défendaient d’approcher de la nourriture. Je n’étais plus maître de ce que je faisais. Je ne savais plus qui j’étais. Ces crises d’anorexie arrivaient de temps en temps, mais ne duraient pas plus de quelques semaines. J’apprenais à remanger normalement, doucement avant de sombrer à nouveau. Je n’arrivais pas à ôter l’idée d’une mort certaine.

©Elly Clark.

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