REACTIONS EXCESSIVES

Reactions excessives - EuphorieMelancolie

“Une vie sans émotion est une vie perdue.” – Roger Fournier

Toute heureuse de sa chasse, une chatte, qui nous appartenait, miaula à la fenêtre pour me faire part de sa proie. Elle serrait de ses crocs un levraut. Un magnifique petit lièvre inoffensif et complètement apprivoisé. C’est ce qui m’a surpris au premier abord. Je pense que la peur le paralysait et qu’il n’osait pas se débattre dans mes bras. Pourtant, je l’ai pris sous mon aile et je l’ai élevé comme mon propre enfant. Ce fut sûrement une erreur de ma part, mais il me suivait partout comme si j’étais sa mère naturelle. Je le prenais dans mes bras et le caressait longuement. Il avait besoin d’une personne, d’un animal auquel il pouvait se référer. Je lui laissais à sa disposition ma chambre entière, qui était séparé en deux pièces. Il était à moitié en liberté et attendait chaque soir impatiemment que je revienne du lycée. Il avait sa petite litière, et sa gamelle pour recevoir de la nourriture. Je pense qu’il n’avait pas plus d’un mois quand je l’ai récupéré. Il tenait dans le creux de ma main. Mais parfois les choses ne se passent pas comme prévu ou prennent une mauvaise tournure, c’est exactement ce qu’il est arrivé. Trois mois plus tard, après trempé son minuscule museau dans la gamelle d’eau que je lui avais laissé. Il s’est mis à tousser et à éternuer. J’ai entendu ses poumons sifflés et remplis d’eau. Sur le moment, je me suis dite que ça allait passer. C’était au beau milieu de la nuit. Et je m’étais déjà endormi. Mais l’entendant s’étouffer, je me suis réveillée en panique, et j’ai observé ce pauvre petit animal se débattre avec lui même. Il avait sûrement la Pasteurellose, maladie qui infecte le lapin parfois dès la naissance et qui engendre aussi dans certains cas des pneumonies. Ce n’est qu’une hypothèse, car je n’ai jamais su ce qu’il lui était arrivé à ce moment précis. En pleine détresse, le levraut est monté d’un bond sur mon lit et s’est blottit dans mes cheveux près de mon cou. Je le sentais souffrir et je ne savais pas quoi faire. C’est à cet endroit qu’il a émis son dernier souffle. Son corps était encore chaud, j’avais encore de l’espoir qu’il revive mais ce ne fut pas le cas. J’ai été traumatisée par cet acte si affectueux, comme s’il cherchait de l’aide auprès de moi. Il était condamné et je ne le savais pas au départ. Un lièvre ou un lapin dissimule leur faiblesse, et vivent sans laisser paraitre leur maladie. Dans la nature, ils ne seraient que trop fragiles, et des proies idéales. Je suis tombée dans une détresse incontrôlable. Je pleurais toutes les larmes de mon corps, j’avais perdu mon bébé, mon enfant. Pour moi, c’était un drame, je voulais le rejoindre et mourir par la même occasion. J’ai réagi d’une façon d’une façon excessive, c’est maintenant que j’en prends conscience. La mort de ce lièvre a été la fin de mon monde. Je m’étais attachée à lui comme à aucun autre animal, et sa perte m’a énormément affecté. Ma réaction était démesurée, je n’ai pas fait preuve de modération. Je ne suis pas allée au lycée le jour même ni les jours suivants. Dans mon comportement de tous les jours, les sensations et sentiments sont difficiles à gérer. Je suis hyperémotive.

©Elly Clark

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