LE PERE

Le père - EuphorieMelancolie

« Un père n’est jamais expert : quand on est père, c’est pour la vie. » – Vincent Roca

En arrivant en Normandie, mon père a voulu reprendre son rôle paternel avec l’autorité qui allait avec. Absent pendant les premières années de mon enfance, je n’arrivais pas à croire qu’il allait enfin reprendre sa place de père qui m’a toujours manqué. Je pensais que nous deviendrons plus proches l’un de l’autre et qu’une certaine complicité se serait installée. Mais ce ne fut pas le cas. Voulant absolument instaurer des règles de vie à la maison, et sans me demander mon accord, des violentes disputes ont éclaté jour après jour. « Tu devrais faire cela, tu aurais du faire ceci, ce n’est pas de cette manière que tu avanceras dans la vie. Toi qui a toujours voulu une vie de famille, c’est maintenant qu’il faut y participer. » Ce sont à peu près ces mots que j’entendais à chaque repas. Je ne le supportais plus. Une guerre avait été déclarée. Aux disputes conjugales toujours présentes dans de moindres mesures ont été ajoutés des disputes père-fille incessantes. Mon père voulait me faire travailler dans les champs sans aucune récompense, ce dont ma mère refusait catégoriquement. J’ai toujours su que j’étais faite pour vivre en ville. Je n’aimais pas remuer la terre, m’occuper des fraisiers et autres arbustes fruitiers que mes parents avaient plantés. Ils avaient créé une entreprise de fruits rouges : « La ferme d’Elodie ». Vous n’imaginez pas combien de fois j’ai eu le droit à des jeux de mots à l’école. Ils y vendaient aussi de l’alcool; liqueurs, vin de groseilles, du cidre ainsi que du poiré. Leur fabrication demandait du temps et de la patience. Ma mère m’avait toujours expliqué que mes études étaient prioritaires. Et les tâches ménagères m’empêchaient de me concentrer sur mes devoirs correctement. J’étais toujours dérangé pour mettre la table ou faire le ménage. Je n’obéissais pas forcément d’ailleurs, presque jamais je dirais. Au fond, tout ce que désirait mon père c’était de me donner une éducation saine, celle qu’il avait eu en étant plus jeune, mais qui ne correspondait plus sur certains points à notre société actuelle. Les bases n’ont pas évolué mais la vision des enfants a changé. Je pense qu’il ne savait pas, encore une fois, comment s’y prendre, qu’il ne me connaissait pas assez pour communiquer avec moi sur ce qui me déplaisaient. Je suis sure qu’on aurait pu trouver un accord, mais dans la situation actuelle, ce semblait irréalisable. J’aurais tellement voulu qu’il soit plus affectueux et aimant, et non pas dans une autorité permanente. J’en avais déjà une, une éducation, faite par ma mère à Paris. Elle avait remplacé l’autorité paternelle. Le retour de mon père dans ma vie a été un choc, émotionnel et psychologique. Je ne comprenais pas sa réaction, je ne comprenais pas pourquoi il s’imposait de cette manière alors qu’il aurait pu m’ouvrir grand les bras, je m’y serais jetée. Son autorité n’était pas faite pour moi, je ne l’acceptais pas. Je ne l’acceptais plus, ce n’est pas à l’âge de dix ans qu’il fallait m’enseigner les bases. Cela aurait du être fait bien avant. Ce n’était plus le même homme, celui que j’imaginais en serrant mon ours en peluche la nuit. J’avais grandi, c’est vrai, mais je manquais toujours de son témoignage d’amour. Je ne m’attendais pas à un retour fracassant qui briserait tous les liens que j’avais essayé de créer avec lui durant toute mon enfance.

©Elly Clark

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