EXPRESSION DE LA DOULEUR

Expression de la douleur - Euphorie et Melancolie

“Les blessures se cicatrisent, mais les cicatrices continuent de grandir avec nous.” – Stanislaw Jerzy Lec

Cela n’en finissait pas. Les jours passaient mais ma douleur ne s’effaçait. La culpabilité me rongeait. Je m’en voulais de ne pas trouver de solutions, de remèdes contre tous ces maux. Il fallait que je me punisse. Il fallait que je trouve un moyen. Alors un jour, j’ai décidé de faire ce que je n’aurais jamais pensé être capable avant. J’ai pris cette lame de rasoir, et j’ai commencé à m’automutiler. Je dissimulais les marques ensanglantées avec de longues manches et des bracelets. Je ne voulais pas montrer aux autres que j’étais une personne faible. Alors ils ne voyaient rien, ni les marques, ni mes pleurs. Tout ce que je les autorisais à voir, c’était un sourire amer et faux, et ils y croyaient aveuglement. C’est tellement plus facile de croire qu’une personne est en bonne santé psychique, que d’admettre le contraire. Avec le temps, je me suis dit que cacher ces cicatrices était comme cacher une partie de moi-même. Je me suis révélée aux yeux des autres. Qu’importe la façon dont les gens me regardaient, j’étais telle que mes parents m’avaient créée avec ma force et surtout mes faiblesses. Ces marques et ces cicatrices ont soulevé beaucoup de questions et beaucoup d’incompréhension dans mon entourage : que se passe-t-il ? Pourquoi te fais-tu subir cela ? Comment arrives-tu à te faire cela ? La réponse était pourtant très simple. Par ces incisions superficielles, je me faisais souffrir de manière consciente pour retrouver un sentiment de contrôle sur ma vie. Elles me permettaient de retrouver une certaine maitrise sur moi-même. Je me scarifiais jusqu’à me faire saigner. Et je regardais le sang couler lentement de mon bras, et en ressentais un plaisir immense. Le fait de se scarifier entraine la production d’endorphines, une morphine naturelle. C’est la même hormone du bonheur qui se libère lors de la pratique de sports, une vraie drogue. Je me vidais de ce sang qui me maintenait en vie, ce sang qui contenait cette profonde souffrance. De lourdes larmes, et des cris accompagnaient chaque entaille que je me faisais aux poignets ou sur les avant-bras à l’aide d’une lame de cutter. Les larmes se jetaient sur ma peau comme des éclats de braise, brûlant ma chair au plus profond d’elle-même. J’essayais de toutes mes forces d’échapper à mes tourments psychiques, de soulager cette douleur morale qui ne me laissait aucun répit. Cette douleur physique m’aidait à ressentir un mieux-être. Je me libérais de ma colère, de ma tristesse et de toutes mes angoisses. C’était devenu un magnifique exutoire, tellement jubilatoire. Mais je n’avais plus de forces. Telle une bougie, je me consumais au feu de la vie. Et cette automutilation n’était pas la seule.

©Elly Clark.

 

I am fine

 

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