REVIREMENT DE SITUATION

Revirement de situation - Euphorie et Melancolie

La tristesse engendrée par le renversement de toutes nos espérances est une maladie; elle donne souvent la mort. Ce ne sera pas une des moindres occupations de la physiologie actuelle que de rechercher par quelles voies, par quels moyens, une pensée arrive à produire la méme désorganisation qu’un poison; comment le désespoir ôte l’appétit, détruit le pylore et change toutes les conditions de la plus forte vie – Honoré de Balzac
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Ma mère si bienveillante avec moi pendant des années, avait à son tour besoin de soutien et de réconfort. Elle souffrait, je le voyais. Ses larmes étaient lourdes et vides de tout espoir. J’avais un devoir, le devoir d’une fille envers sa mère ; veiller sur elle autant qu’elle a veillé sur moi pendant des années. Pourtant, elle n’était pas vieille, mais c’était d’un soutien psychologique dont elle avait besoin. Sœur, meilleure amie et maintenant psychologue, je prenais des rôles différents suivant la situation. Des rôles qui ne m’appartenaient pas forcément mais je ne pouvais pas la laisser tomber pour autant. Sa souffrance, je la ressentais dans le creux de mes entrailles. Ses larmes, je les imitais. Ses cris, je les calmais. Mes bras étaient devenus un de ses refuges. Elle avait mal. Elle ne savait plus où donner de la tête, elle ne savait plus comment s’en sortir. Elle l’aimait et lui a tout donné. Tout ce qu’elle possédait ; son corps, son âme et son argent. Ensemble, ils ont fait de grands projets. Elle l’a suivi aveuglément, et elle s’en mordait les doigts maintenant. Je ne pouvais pas la juger, ni elle ni mon père. Je n’ai pas vécu leur histoire, je n’ai pas vécu leurs moments de bonheur ni leurs moments de tristesse. Je connaissais seulement ce que l’un et l’autre me racontait, essayant de se justifier auprès de moi. Mais cela ne m’intéressait pas. J’avais une image de mes parents, je savais pourquoi je les aimais, et je ne voulais pas gâcher cet amour à cause de leur mésentente. Pour diminuer les tensions émotionnelles, et le stress qu’elle subissait, ma mère avait trouvé une méthode ; l’alcool. Je n’ai jamais réussi à savoir à quel moment de la journée elle buvait. Je pense qu’elle s’adonnait à la boisson à chaque fois qu’elle se retrouvait seule. L’effet éphémère de cette substance la poussait à boire plusieurs verres, jusqu’à se retrouver dans un état « partiellement bien ». Lorsque je descendais de ma chambre pour le repas, je la trouvais les yeux rouges d’avoir trop pleuré, et une odeur d’alcool flottait dans son haleine. Je savais qu’elle buvait, mais elle n’osait pas me l’avouer, et je ne désirais pas en parler. Je me sentais impuissante face à cet alcoolisme naissant, et à cette dépression qui ne faisait qu’empirer de jours en jours. Je me battais pour et avec elle. Mais à côté de cela, mes problèmes ne s’étaient toujours pas résolus et je luttais tant bien que mal pour garder la tête haute. Il n’y a pas d’âge pour avoir un doudou moelleux que l’on serre dans ses bras quand cela ne va pas. J’avais ressorti l’ours en peluche coloré du placard. C’était toujours le même, celui sur lequel j’avais misé tant d’espoir pour me rapprocher de mon père. Mais cette fois, elle m’aidait à surmonter l’alcoolisme de ma mère, les mésententes avec mon père, mon mal-être et les soucis venus de toute part.

©Elly Clark.

 

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