L’INTRU

childlove

« Une indulgence inépuisable, une sensibilité toujours active et toujours désintéressée : tel est l’amour d’un père pour sa fille ; la nature en est toute divine, et la tendresse qu’il inspire doit être la plus profonde de toutes, parce que toujours elle échauffe le cœur et jamais ne le tourmente. » – Chauvot de Beauchêne

L’environnement de vie d’un enfant est ce qu’il y a de plus important pour son épanouissement personnel. Les sorties au jardin public me changeaient les idées. Je jouais avec les autres enfants. Je courais dans tous les sens et balbutiais des mots incompréhensibles. J’étais heureuse, vraiment. J’oubliais qu’à la maison, ce n’était pas du tout pareil. Je tentais vainement de ne pas entendre les disputes quotidiennes de mes parents. Confinée dans un coin de ma chambre, je posais mes mains sur mes oreilles, et j’essayais de penser à autre chose. Je fredonnais le refrain d’une comptine aussi fort que je le pouvais. Mais les voix ne cessaient de croitre en volume. Je n’avais aucun moyen d’être épargnée. Mes parents ne se rendaient pas compte de l’effet que cela me faisait. Je ne savais plus où donner de la tête. Je n’avais qu’une seule envie ; que tout ce bruit se meurt à jamais. Lors d’une énième dispute, ne supportant plus les cris, j’ai eu le malheur de m’exclamer : « Arrêtez! ». Je ne savais plus quoi faire pour éviter ce calvaire. Mon intervention fut très mal prise par mon père, qui déjà énervé par cette altercation, répondit en me balançant sa main dans la figure. Éberluée par ce mouvement résultant d’un excès de colère, je suis tombée en pleurs. Et sagement, j’ai demandé à aller me coucher. Il s’en mordait déjà les doigts d’avoir réagi comme cela. C’était une façon brutale de me faire comprendre qu’il y a des choses qui ne me regardaient pas. Mais je ne lui en voulais pas. Je savais qu’il n’avait plus la patience d’élever un jeune enfant, qu’il s’énervait très rapidement et ce, pour tout. Je savais aussi qu’il m’aimait à sa façon, sans vraiment trop savoir comment s’y prendre. Un soir, mon père allait réaliser une promesse qu’il m’avait faite une semaine auparavant. Nous devions aller à Jonville. Sauf qu’à une soixantaine de kilomètres de Paris, nous avons fait demi-tour. Je n’ai pas posé de questions, mais je ne comprenais pas pour autant. Le lendemain matin, je me suis approchée de ma mère, et lui ai demandé : « Maman, pourquoi ne veux-tu pas aller au bord de la mer? ». Elle m’a simplement répondu que mon père avait oublié son porte-monnaie. Sur ces mots, mon père eut une réaction qui reste encore inexpliquée : il prit son sac et claqua la porte. Le jour suivant, triste de ne pas voir mon père rentrer, je me suis confiée à ma mère : « Je suis sûre que Papa pleure là-bas, tu sais maman, tu sais mais tu sais quoi, Papa me manque. » Il est revenu trois jours plus tard alors que je dormais. Je me considérais souvent comme la cause des mésententes de mes parents. J’ai longtemps cherché à réparer ce que j’avais pu détruire, sans savoir exactement ce que c’était.

©Elly Clark

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