LE DEMENAGEMENT

Le déménagement - Entre Euphorie Et Melancolie

« Le bonheur est parfois caché dans l’inconnu. » – Victor Hugo

Après dix années à demeurer entre des immeubles grisâtres sans voir la couleur de la nature et ne pouvoir la toucher, il arriva le jour du déménagement. Jeune et curieuse de découvrir la campagne, je m’engouffrai dans un nouveau départ. Une allée composée de marronniers, des champs verts vifs, des arbres en fleurs, des panoramas à couper le souffle et un petit manoir au milieu. Plus besoin de s’enfermer dans des songes lorsqu’on vit un rêve les yeux ouverts. Je pouvais me rouler dans la boue, traverser des prairies en vociférant des mots pas forcément très corrects. Je pouvais exprimer tout ce que j’avais retenu en moi pendant ces dix années. Le coucher du soleil rendait le paysage d’un rouge flamboyant. Je m’asseyais dans l’herbe, le regard contemplant le ciel changeant. La douce température du sol chauffé toute la journée par un soleil éblouissant me massait le dos malgré les vêtements. Le miaulement d’un chat s’approchant doucement de moi pour réclamer des caresses me réveilla de ma méditation. Même le paradis n’aurait pas été plus beau que ce que je voyais, ce que je vivais. Nous nous sommes installés en Basse-Normandie, dans une grande propriété où le terrain me permettait de marcher le temps que je souhaitais. La nature est surprenante, elle dissimule des milliers de secrets. Pour pouvoir les apercevoir, il me fallait observer le paysage pendant plusieurs heures. Je restais assise dans l’herbe, des bottes aux pieds, le regard fuyant de toute part et s’arrêtant dès qu’un mouvement se faisait percevoir. Un jour au lever du soleil, j’ai eu la chance de voir un chevreuil sur la pelouse devant le manoir. Je ne pouvais pas me sentir mieux qu’ici. Je revivais. A l’école, j’entretenais des liens avec les autres élèves. Je n’étais plus figée dans un coin. Je rigolais, je participais à des jeux, je faisais même partie d’un groupe. Je n’avais plus peur du regard des autres, je dansais et courais comme une folle dans la cour de récréation. A la maison, mon père était présent tous les jours. Je pouvais passer le temps que je désirais avec lui. Il était enfin à mon écoute, et je commençais à lui confier quelques secrets. Nous faisions aussi beaucoup plus de sorties en bord de mer ou des sorties en forêt à ramasser les champignons selon les saisons. Tout avait changé. Tout s’était amélioré. Tous mes problèmes semblaient s’être résolus d’un coup de baguette magique. Rien n’était pareil. Un avenir meilleur s’ouvrait à moi et je voulais y croire.

©Elly Clark

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