UN ET PLUSIEURS VERRES

absolutevodka« L’alcool a été fait pour supporter le vide de l’univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l’espace leur silencieuse indifférence à l’endroit de votre douleur. » – Marguerite Duras

Tout me semblait possible à cet instant précis. J’avais perdu la notion des risques. Je ne faisais plus attention aux possibles dangers. Je désirais seulement me réjouir de l’état dans lequel je me trouvais. Mon sang et mon regard pétillaient. L’alcool était une source de plaisir que je venais à peine de découvrir. Il change notre vision du monde, et procure une gaieté sans pareille. Lors des premières gorgées, la déglutition de ce liquide n’était pas évidente. Mon visage se déformait et donnait naissance à de drôles de grimaces. Cette douce amertume que libère la bière était assez surprenante pour un palais qui ne la connaissait pas encore. Au fur et à mesure que je buvais, je sentais mon corps se réchauffer. Mes joues arboraient un rouge éclatant. Je devenais de plus en plus bavarde. Ma timidité s’était effacée. J’allais à la rencontre de personnes que je ne connaissais pas encore à cette soirée. Je cherchais à m’amuser comme une enfant dans le monde des plus grands. L’alcool est un vrai désinhibiteur qui lève toutes les limites que nous nous sommes imposés. Je venais de terminer mon verre de bière. Une amie me proposa de goûter à un mélange vodka-jus d’orange. Curieuse et ignorante, j’ai accepté avec un grand sourire. J’avais entendu parler des méfaits de l’alcool, mais jamais je n’aurais imaginé en être victime. Quelques verres plus tard, j’ai commencé à avoir des vertiges, des nausées, des troubles de la vision et de la marche. J’avais l’impression que le monde autour de moi était sans cesse en mouvement. Je rencontrais des difficultés à me repérer dans la pièce. A chaque pas que je faisais, je manquais de tomber et de me cogner. Je ne m’étais jamais sentie aussi mal. J’ai essayé tant bien que mal de courir aux toilettes, et de me vider de mes tripes. Je suis restée appuyée contre la cuvette pendant au moins une vingtaine de minutes à me sermonner sur le pourquoi du comment j’en étais arrivée à ce point. Incompréhension totale, mais prise de décisions immédiates. Pour moi, la soirée était terminée. Je me suis allongée dans un coin, et je me suis endormie. Le lendemain matin, comme la plupart des personnes ayant abusé de l’alcool, j’avais la gueule de bois. Au fil du temps, des soirées et des sorties, j’ai appris à consommer plus lentement, à espacer mes verres d’une heure minimum afin de sentir l’alcool entrer dans mon sang, et changer littéralement ma personnalité. Mais est-ce que j’appréciais vraiment l’alcool ? La réponse était non. Je vais répondre la réponse la plus classique mais la plus vraie qui soit : mes papilles n’étaient pas encore assez développées pour ces goûts si différents. Je me pinçais presque le nez pour boire un seul verre d’alcool quel qu’il soit. Son goût me restait en bouche pendant des heures, et son odeur avait imprégné mes vêtements. Donc non, je n’appréciais pas l’alcool mais je raffolais de l’effet qu’il produisait sur mon comportement. Cette métamorphose me réjouissait. A chaque soirée, à chaque sortie, nous essayons de boire un verre ou deux pour nous désinhiber de toutes nos limites afin de nous transformer en une personne « cool » avec laquelle il est bon de rigoler. Nous ne sommes pas tous comme nous aurions voulu être, et nous recherchons tous des moyens d’y parvenir.

©Elly Clark.

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